Séminaire DELI : vendredi 14 juin de 10h à 12h

Juin 8, 2024 | Autres actualités scientifiques

La prochaine séance du séminaire « Littératures d’Asie du Sud » accueillera Sneharika Roy (Université américaine de Paris) pour une communication intitulée : « La tradition jātaka et ses réincarnations: le Kukkura Jātaka, M.K. Gandhi et Intizar Husain »

Le séminaire aura lieu le vendredi 14 juin 2024 de 10h à 12h, en mode hybride, en salle A202 du Bâtiment EHESS du Campus Condorcet et en visioconférence pour les personnes ne pouvant se déplacer.

Les personnes souhaitant y assister à distance devront se connecter sur BigBlueButton à partir du lien suivant : https://bbb.ehess.fr/b/ann-if0-4fn-32w

Résumé :

En partant d’une lecture postcoloniale de l’apologue bouddhique du Kukkura Jātaka où le Bouddha, dans une de ses vies antérieures en tant que chien paria, délivre ses semblables canins d’un massacre, nous nous pencherons sur deux de ses réécritures dans un contexte colonial et postcolonial : une série d’articles intitulée « Qu’est-ce que l’humanité ? » (1926), rédigée par Gandhi en gujarati dans le journal Navjīvan et la nouvelle ourdoue « Vāpas » (« Le retour », 1981) d’Intizar Husain. En 1926, Gandhi, déjà considéré comme un apôtre de la non-violence, s’est trouvé contraint de soutenir la mise à mort de soixante chiens, dont certains avaient la rage. Cet argument a eu comme effet paradoxal de le placer en opposition à l’orthodoxie jaïne et de l’aligner sur la politique d’éradication prônée par les autorités coloniales. Ses huit articles, qui offrent une exégèse moderne du Kukkura, problématisent et clarifient la notion de non-violence, tout en avançant une lecture aux antipodes de l’absolutisme moral auquel souscrivaient l’Ahmedabad Humanitarian League et la communauté jaïne. Intizar Husain, quant à lui, réécrit le Kukkura en le superposant au contexte des deux partitions du sous-continent indien (1947, 1971). Le détour par les jātaka bouddhiques lui permet d’effectuer un « retour » vers un passé syncrétique et de mettre en question l’instrumentalisation de la religion dans les historiographies britanniques, hindoues et musulmanes.
L’intervention illustrera ainsi la pertinence et les limites éventuelles de l’application de la méthodologie postcoloniale à un texte précolonial tel le « Kukkura », tout autant que la nécessité de pas lire Gandhi et Husain à la seule lumière des formations discursives coloniales, mais également dans le prodigieux dialogue qu’elles engagent au sein de la sphère culturelle indigène, laquelle a toujours été hétérodoxe, hétérogène et hybride.

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